Liposcelis corrodens (Heymons, 1909) et Liposcelis decolor (Pearman, 1925)

Synonyme(s) : 

Noms usuels

  • Psoque devin (pour Liposcelis decolor) ; Poux des livres ; Poux des poussières(**)
  • Booklouse ; Booklice ; Barklice ; Paper lice

Classification :

  • Ordre :  Psocoptera
  • Famille :  Liposcelididae
  • Genre :  Liposcelis
  • Espèce :  Corrodens

Indice de fréquence :

4
Posté par fabien le
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Généralités

(*) – L’identification des espèces de Liposcelis est difficile pour les non spécialistes et il n’y a pas lieu de distinguer ici les 2 espèces qui  font l’objet de cette fiche unique, ceci en raison de leurs similarités morphologiques, biologiques et comportementales. 
 
(**) La plupart des psoques domicoles ne possèdent pas de noms vernaculaires avérés et sont appelés communément, quelles que soient  les espèces, « poux des livres » ou « poux des poussières».

Les Psoques (nom dérivé du verbe grecque « psochein » qui veut dire broyer, émietter)  vivent « in natura » principalement dans la végétation arbustive ou basse, les litières végétales, mais aussi, pour certaines espèces dans les nids d’oiseaux, d’insectes ou de mammifères, plus rarement sous les pierres ou encore dans les grottes sur le guano.  Ces insectes sont omnivores et se nourrissent  principalement de moisissures, d’algues et de champignons qui se développent sur divers substrats, ces derniers le plus souvent d’origine végétale.
En général, les psoques, ne sont pas très vifs dans leur déplacement, à l’exception justement de quelques espèces domicoles qui se meuvent avec agilité et rapidité  dans leur environnement. Beaucoup d’espèces de psoques possèdent des formes brachyptères ou aptères, c’est le cas en particulier des Liposcelis spp. dont les deux sexes sont aptères.
 
Les Liposcelis, on en connait 15 espèces en France, appartiennent et à la famille des Liposcelididae dont les représentants (au moins ceux de France) possèdent en commun les caractères suivants :

                - Antennes composées de 15 articles.
                - Tarses trimères (c’est-à-dire formés de 3 articles).
                - Fémurs postérieurs fortement élargis.
                
Parmi les 15 espèces françaises de Liposcelis, 8 d’entre-elles des domicoles avérés ou potentielles. Liposcelis corrodens et L. decolor sont toutefois celles qui sont le plus fréquemment rencontrées, depuis quelques années dans nos lieux patrimoniaux,  habitations, locaux,… mais ces 2 espèces vivent aussi à l’extérieur, dans les mêmes milieux que beaucoup d’autres espèces de Psocoptères.
 
La plupart des psoques domicoles ont été transportées involontairement par l’homme de sorte qu’ils sont devenus quasiment cosmopolites. En effet depuis près de 14 000 ans et surtout à partir du néolithique, l’homme, lors de ses déplacements et de ses migrations, a volontairement transporté sa nourriture et les matériaux (peaux, os, bois,…) nécessaires à sa survie. C’est ainsi que des milliers d’espèces d’insectes (phytophages, xylophages, ravageurs de nos cultures, de nos produits et denrées stockées,…) se sont  retrouvées et parfois acclimatées loin de leurs régions d’origines.
 
Comme il est de règle pour beaucoup d’espèces des denrées, les conditions ambiantes (température et humidité) et la qualité de la nourriture conditionnent considérablement la vitesse de développement des psoques ; la durée du cycle de vie peut ainsi aller de 1 à plusieurs mois.
Les Psocoptères sont des paurométaboles, c’est-à-dire que les larves et les adultes vivent dans les mêmes milieux.
 
Les psoques sont des insectes discrets particulièrement difficiles à voir du fait de leur coloration cuticulaire  terne et leur petite, voire très petite (pour les larves) taille.

Critères de reconnaissance

Adulte

Taille    

Plus ou moins 1 à 1,5 mm (moyenne 1,3 mm)


Aspect    


Insecte aptère, plutôt allongé. Tête très mobile, volumineuse et et plus large que le thorax, clypéus proéminent, palpes maxillaires nettement visibles. Antennes de 15 articles Corps aplati dorso-ventralement, la plus grande largeur de l’abdomen en arrière. Fémurs postérieurs fortement élargis (de forme triangulaire) avec antérieurement une saillie (bosse) latérale au côté externe  (Fig. 1)
Tarses trimères. Imagos à téguments mous.


Coloration    


Très variable, du jaunâtre très pâle presque translucide au brun (dans ce denier cas les membranes intersegmentaires de l’abdomen plus claires que les segments contigus. La coloration semble dépendante du milieu de vie et de la nourriture.

 

Larve

Taille   

Les Psocoptères sont des insectes hétérométaboles c’est-à-dire que du fait qu’il n‘y a pas de métamorphoses les larves ressemblent aux adultes (adultes miniaturisés), la croissance se fait de façon graduelle lors de chaque changement de stade larvaire. Très petite (inférieure à 9 mm), elle varie en fonction du stade larvaire (il y en a 4 chez la femelle et 3 chez le mâle).

Ressemble à l ‘adulte avec les téguments mous.  Antennes de 9 articles au 1er stade larvaire, puis 15 (comme l’adulte) dès le second stade.

Coloration


Jaunâtre pâle à presque translucide. Les larves sont toujours plus pâles que les adultes.
Note : l’identification des œufs des principaux genres et espèces de psoques domicoles (dont L. decolor et L .corrodens) est possible grâce au travail de Z. KUCEROVA «Stored product psocids (Psocoptera): External morphology of eggs » PDF en open access sur Internet à l’adresse suivante : www.eje.cz/pdfs/eje/2002/04/17.pdf

 

Cycle de développement

Les données biologiques dont nous disposons sur les psoques domicoles sont essentiellement celles obtenues dans des conditions d’élevage. Il est peu probable, quelles que soient  les espèces, qu’il  y ai des différences biologiques voire éthologiques, importantes, au moins sur notre territoire.
 
La durée du cycle de développement des psoques de même que leur dynamique des populations (fécondité, nombre de générations,…) sont étroitement dépendants du milieu dans lequel ils vivent. Contrairement à beaucoup d’autres insectes des denrées les psoques ont impérativement besoin, pour se développer, d’une atmosphère humide ; humidité relative (H.R.) égale ou supérieure à 60%.

Ce sont des insectes grandement hygrophiles. Du fait que ces insectes ont un tégument mou et de faible épaisseur, ils sont très sensibles à la déshydratation, mais ils sont capables grâce à un organe particulier situé sous le labium d’absorber de façon active la vapeur d’eau atmosphérique (ce qui est rare chez les insectes à l’exception des Mallophages (poux des oiseaux et de certains mammifères)).

D’après la littérature la femelle de Liposcelis decolor pond 50 à 60 oeufs (jusqu’à 130) à raison de 2 ou 3 par  jour. Les œufs sont ovoïdes, gris translucide et  plus ou moins saupoudrés de particules diverses (débris alimentaires,…). Ils sont déposés isolément sur toutes sortes de substrats nourriciers surtout ceux contaminés par des moisissures, des algues  ou des champignons.

La durée d’incubation des œufs est de 4 à 5 jours à 30 jours selon la température et l’H.R. et la durée totale du cycle, de l’œuf à l’obtention de l’adulte, est de 16 jours (à 35°C.) mais elle peut aller jusqu’à 140 jours, si les conditions ambiantes sont peu favorables. La fécondité décroit de façon nette si la température est  supérieure à 35°C (par exemple à 37,5°) et la mortalité est aussi plus importante.

La température optimale de développement se situe entre 27,5 et 35°C, mais plus la température est élevée plus l’humidité relative doit être importante, l’optimum se situant entre 75 et 90 %. Il y a 4 stades larvaires chez les larves qui donneront des femelles et  3 chez celles qui donneront des mâles. Dans des conditions d’élevage, les adultes ont vécu 26 jours.

Les psoques domicoles sont des insectes discrets qui vivent en groupe et fuient la lumière. Ils peuvent aisément passer inaperçus en raison de leur petite taille et de leur  pâle coloration, de fait, lorsque l’on décèle leur présence, les populations sont hélas souvent bien établies et  très importantes.

Matériaux infestés

  • Amidon

  • Chitine

  • Collagène

  • Épices, végétaux, herbiers

  • Kératine

  • Papier

  • Tous materiaux humides

Les adultes et les larves des psoques sont pourvus de mandibules très développées ce qui leur permet de brouter, broyer et d’émietter leurs aliments. Ces insectes infestent, gâtent et souillent toutes sortes de denrées et de produits d’origines animale ou végétale qu’ils soient manufacturés ou non, particulièrement si ces derniers sont contaminés par des moisissures, des bactéries, des algues ou des champignons.

Les Liposcelis domicoles recherchent particulièrement les endroits humides et chauds. Ce sont des insectes discrets qui vivent en groupes, fuient la lumière et s’abritent généralement sous un tissage lâche de toiles collectives. Ils peuvent aisément passer inaperçus en raison de leur petite taille et de leur  pâle coloration, de fait, lorsque l’on décèle leur présence, les populations sont hélas souvent bien établies et  très importantes.

Si les conditions ambiantes sont favorables ils peuvent se multiplier de façon prodigieuse grâce à leur reproduction parthénogénétique et causer toutes sortes de nuisances, leurs ravages sont parfois considérables et irrémédiables :
 
                - Ils peuvent brouter, souiller et être à l’origine de contaminations microbiologiques de nos produits alimentaires (farines, riz, biscuits, fromages, nourriture pour animaux, plantes médicinales…).

                - Ils peuvent détériorer des collections d’insectes, des animaux naturalisés, des  herbiers et des mycothèques.

                - Ils peuvent dégrader les vieux livres de collections et les archives (en s’attaquant en particulier à la colle de reliure),  les tapisseries, les boiseries, le cuir et le plâtre et beaucoup d’autres matériaux et d’objets muséographiques.

                - ils peuvent être à l’origine d’allergies inhalatoires et sont responsables (avec les acariens) de l’effet allergénique de ce que l’on appelle les poussières des maisons. En outre  ils peuvent éventuellement être responsables de dermatoses.   
               
                Les psoques domicoles peuvent occasionnellement se nourrir des œufs d’autres insectes domicoles comme par exemple ceux des papillons du genre Ephestia, par ailleurs des cas de cannibalisme sont connus, en particulier à l’égard des œufs.  

                 Liposcelis corrodens  et L. decolor peuvent se développer dans toutes sortes de lieux en particuliers les entrepôts alimentaires, les magasins, les cuisines et salles de bains des particuliers, les musées, les bibliothèques et salles d’archives, certaines usines,….

Répartition géographique

Il y a tout lieu de penser que Liposcelis corrodens et L. decolor sont maintenant quasiment cosmopolite.